Les origines
(d'après un travail de Maurice Agulhon)
 

PARTIE 1 : LES ORIGINES

1) La Terreur Montagnarde

La Terreur Montagnarde est le nom donné à une période de la Révolution française (de la fin 1793 jusqu'en juillet 1794), au cours de laquelle des mesures particulièrement sévères ont été adoptées contre tous ceux qui étaient soupçonnés d'être des ennemis de la Révolution. Bon nombre d'entre eux ont d'ailleurs été guillotinés. 
Sur notre territoire il n'est pas facile de dresser un bilan précis de la répression mais elle a été très dure. Elle a contraint au silence et à l'inaction les opposants à la République, et contenu les émigrés royalistes hors les frontières.
L'arrestation de Robespierre, mis en minorité le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), suivie de son exécution le lendemain a marqué la fin de la grande Terreur.

2) La Terreur blanche

La Convention thermidorienne, va suivre une politique plus modérée et s'éloigner des luttes sociales. Un nouveau régime, le Directoire, se met en place.
A partir de l'an III (1794/1795) ceux qui avaient été contraints à l'exil reviennent en France, et relèvent la tête. C'est la Terreur blanche. 

Avec le coup d'Etat Républicain du 18 fructidor de l'an V (4 septembre 1797), qui marque un renforcement de l'exécutif par rapport au législatif, la situation évolue.
Partout où cela est possible des républicains sont nommés à la tête des administrations municipales.
L'armée, que le traité de Campo-Formio libère pour quelques mois de la guerre d'Italie, est chargée de sillonner la grand'route (aujourd'hui DN7) qui traverse le Var d'est en ouest afin de prêter main forte lorsqu'on en a besoin.
La loi du 19 fructidor an V (5 septembre 1798) stipule que les émigrés sont tenus de sortir du territoire de la République dans les quinze jours sous peine d'être traduits devant une commission militaire, tandis que ceux qui sont détenus doivent être déportés.
La réaction ne se fait pas attendre, les plus riches partent à l'étranger et les autres entrent en clandestinité dans les bois.
A partir de l'an VI la Terreur blanche est donc de moins en moins urbaine. Elle prend de plus en plus la forme d'une lutte clandestine et rurale à partir de bandes, plus ou moins organisées, qui crée un climat d'insécurité dans les bois et campagnes. Leurs effectifs se voit renforcé à la suite de l'adoption de la loi Jourdan du 19 fructidor de l'an VI (5 septembre 1798), qui institue la conscription et le service militaire obligatoire. Pour y échapper, de nombreux jeunes villageois prennent le maquis et les rejoignent. 
Ils ne sortent des bois que pour accomplir des raids avec des motivations plus alimentaires que politiques. Leurs cibles favorites sont des militaires, des fermes isolées, des riches marchands, des voyageurs et parfois même des villages.

3) La réaction des pouvoirs publics 

Le 15 floréal an VI (4 mai 1798), le Var est doté d'un nouveau chef en la personne du Saint-Maximinois Gabriel Joseph Xavier RICARD qui après avoir été membre des Etats Généraux, puis de la Constituante, est nommé Commissaire du Directoire exécutif.
La plupart de ses courriers adressés au Ministre de la Police font état d'actes de brigandage et d'opérations répressives dans le Nord-Ouest Varois.
Des colonnes militaires mobiles obtiennent quelques résultats mais très insuffisants pour éradiquer le brigandage.

Le 11 ventôse de l'an VIII (2 mars 1800) Gabriel Joseph Xavier RICARD est remplacé par Joseph FAUCHET. Ce dernier est nommé Préfet du Var. Débarrasser le département des bandes de brigands est une de ses principales missions.

Par un arrêté consulaire du 29 frimaire an IX (20 décembre 1800) Bonaparte lui même demande au ministère de la Guerre, d’exiger du commandant général de la 8ème division qu'il soit intransigeant, qu'il inflige des punitions exemplaires aux brigands, à leurs complices et aux villages qui leur procurent de l'aide pour qu’enfin la tranquillité publique puisse être rétablie dans les départements du Var et des Bouches-du-Rhône. 
Cet arrêté consulaire du 29 frimaire crée pour chaque département deux corps d’éclaireurs. Chacun est composé de trois compagnies de soixante hommes, incluant à la fois des troupes régulières et des gendarmes, en partie à cheval, sous le commandement d’un général de brigade dont la mission unique est de poursuivre les brigands partout où ils sont susceptibles de se cacher. 
Par ailleurs une commission militaire attachée à chaque corps d’éclaireurs pouvait prononcer un jugement dans les vingt quatre heures suivant l’arrestation. 
De surcroît, le Premier Consul ordonna d’accorder aux colonnes une récompense de 500 francs pour chaque brigand capturé ou tué.
Afin d’étendre le champ d’action de cet arrêté et pour punir les villages et les bourgs qui aidaient les brigands, un commandant de l’armée locale, le chef de brigade Pouget, prit un arrêté le 6 nivôse an IX, s’inspirant directement de la lettre du 29 frimaire de Bonaparte.
Ceux qui accueilleraient les brigands, feraient partie de leurs bandes, leur feraient passer des vivres ou auraient quelque relation directe ou indirecte avec eux seraient considérés comme des complices de brigandage, livrés à la Commission militaire et fusillés sous 24 heures. Et toute commune refusant de résister à l’approche des brigands, comme cela était souvent le cas, devait être dénoncée au gouvernement. 
Enfin l’arrêté contenait des clauses rappelant la loi - très controversée - sur les otages du 24 messidor an VII : « Dans le cas d’un assassinat ou de tout autre délit commis ouvertement par les bandes de brigands, le général commandant la colonne d’éclaireurs marchera avec une force armée imposante sur le chef lieu de la commune où l’attentat aura été commis et si dans les 24 heures les coupables ne lui sont livrés, il sera arrêté dix des principaux habitants qui resteront détenus jusqu'à ce que le gouvernement se soit prononcé ». 
Dotée d’une telle législation, avec une commission militaire extraordinaire pouvant acquitter ou condamner sans appel, ne devant répondre de leurs actes que devant le général divisionnaire, l’armée joua un rôle encore plus important dans la lutte contre le brigandage.

Les résultats ne se sont pas fait attendre, de nombreux brigands ont été capturés, fusillés ou guillotinés dans les mois qui ont suivi.
En 1802 on pouvait considérer que le brigandage avait disparu sur notre territoire.