Les enseignes du pélerinage de Sainte Marie Madeleine

La création du pèlerinage à Saint-Maximin est l’œuvre de Charles II. Avant de devenir comte de Provence et roi de Sicile, le prince de Salerne entreprend en 1279 de mettre au jour le « vrai » corps de la sainte. Ce dernier est reconnu comme tel par le pape Boniface VIII en 1295.
L’abbaye conserve, ainsi que le décrit Étienne Borrely, « la sainte Ampoule, la teste de la Magdeleine et ses cheveux dans une ampoule, son bras et autres reliques très précieux ». Le développement du culte doit beaucoup à Charles II, mais aussi à Jean Gobi l’Ancien, prieur du couvent royal de Saint-Maximin, qui compila des miracles en un livre dans le premier tiers du xive siècle. L’objectif fut d’illustrer les mérites de la sainte et d’attester la présence de son corps à Saint-Maximin. D’après le contenu des miracles, la plupart des pèlerins venaient du comté de Provence, du Gard, de l’Hérault, mais aussi d’Italie, et les maladies tiennent une place prépondérante dans la formulation des motifs. Rois de France, personnages puissants et anonymes s’y pressent durant les XIVe, XVe et XVIe siècles.
En février 1478, par exemple, le roi René vient au pardon de Saint-Maximin et sa petite fille y achète des enseignes. Des exemplaires en matériau précieux sont acquis ou fabriqués par la suite.
Le pèlerinage perd de son importance durant l’époque moderne : en 1780, Jean-Pierre Papon précise : « bien que les pèlerinages de la Sainte-Baume ne soient plus aussi fréquents qu’ils l’étaient autrefois ; il y a peu de personnes parmi le peuple, qui s’en dispensent la première année de leur mariage : et si ce voyage n’est pas stipulé dans le contrat, il est du moins regardé comme une preuve de la tendresse des époux pour leurs femmes ».

Six enseignes du pèlerinage de Marie-Madeleine de Saint-Maximin sont actuellement répertoriées : cinq exemplaires rectangulaires en matériau blanc fabriqués par la fonte et un spécimen confectionné dans une feuille d’argent estampée.

Enseigne écouverte à Paris, dans le lit de la Seine en 1849
 
 

Il s'agit d'une enseigne en plomb découverte dans le lit de la Seine ou Pont-au-Change à Paris en 1849.
Aujourd'hui est elle est conservée au musée du Moyen Âge à Paris.
Sa longueur est d'environ 4.5 cm.
Elle est peut être datée de la période 1300/1400.

Elle représente Jésus-Christ assis, devant lequel se prosterne Marie Madeileine, entre deux blasons :
- à gauche, d'Anjou ancien, semé de France au lambel de gueules, avec une bande d'argent pour brisure, qui est de Sicile-Tarente;
- à droite, d'Aragon (Catalogne), d'or à quatre pals de gueules. Autour, légende SIGNVM : BRATE : MARIE : MADALENE, et dans le champ, SANCTI : MAXIMIN(i).

La présence de ces deux écus pourrait être liée, selon Arthur Forgeais et Denis Bruna, à une lettre du 29 avril 1354 de Louis de Tarente et de sa femme Jeanne, à destination des magistrats de Saint-Maximin, suite à une plainte émanant du prieur du couvent et des artisans habilités à procéder à la fabrication des enseignes. Selon la coutume alléguée et remontant au moins à l’année 1311, le prieur remet les moules (ferrum ou ferrus) à enseignes de pèlerinage aux personnes de son choix, le produit de la vente des objets obtenus est ensuite vraisemblablement partagé entre les parties. Il n’y a donc d’autres marchands autorisés à faire ce commerce dans le pays que ceux sélectionnés par le sacristain. Cependant, peu après la peste de 1348, des commerçants se fixent dans la ville de Saint-Maximin et font graver des moules pour leur propre compte. Le couple comtal enjoint alors aux magistrats de faire respecter le droit coutumier des religieux. Les armoiries symbolisent-elles cette décision et garantissent-elles que cette enseigne est un produit autorisé ?

Enseigne découverte à Londres, sur les berges de la Tamise (barrage de Vintry)
 
 

Elle est conservée au London Museum.

Datée stylistiquement de la fin du XIIIème siècle, début du XIVème, elle représente une femme allongée sous une table à laquelle prend place le Sauveur

Dans la partie supérieure de l’objet trois petits arcs dans une excroissance rectangulaire figureraient le sanctuaire de Saint-Maximin. L’inscription est variable : + SIGILLV[M BEATE MAR]IE MADELENE , + SIGILLVM BEATE MARIE MAGDALVME ou [SIGNUM BEATE M]ARIE M[AGDALENE]